Actualité à la Hune

TRANSAT AG2R LA MONDIALE

Un podium de jusqu’au-boutistes

Adrien Hardy et Thomas Ruyant (Agir Recouvrement) ont remporté la nuit dernière la 14e édition de la Transat AG2R La Mondiale. Téméraires dans leurs choix et intransigeants sur l’objectif de la gagne fixé au départ, ils ont devancé sur le podium les duos Sébastien Simon-Morgan Lagravière (Bretagne-CMB Performance) et Gildas Mahé-Nicolas Troussel (Breizh Cola). Tous allant au plus profond d’eux-mêmes pour réussir leur exploit.
  • Publié le : 11/05/2018 - 14:14

ChampagneLes deux complices viennent de réaliser la course parfaite, battant même le record de l’épreuve qui datait de 2006.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
La cause était entendue depuis presque 48 heures. La lutte finale entre les deux bateaux leaders depuis le départ de Concarneau, le 22 avril dernier, avait en effet pris un tour différent. Alors que l’écart maximum durant les 4 000 milles de cavalcade avait été de 17 milles entre les paires Adrien Hardy-Thomas Ruyant et Sébastien Simon-Morgan Lagravière, les premiers cités, impétueux jusqu’au bout de leurs certitudes dans une option Nord une fois la marque de parcours au large de l’archipel de Madère passée, voyaient leurs adversaires se jeter vers le Sud pour couvrir la menace hypothétique de revenants méridionaux. «Simon et Morgan ont fait une jolie course, mais sur la fin, ils nous ont laissé une petite opportunité lorsqu’ils sont allés rejoindre leurs copains vers le Sud. Ce n’était pas une bonne idée. Nous, au Nord, nous étions persuadés d’être sur la bonne route et nous avons persévéré» déclarera Adrien Hardy une fois à quai, les effluves de champagne tout juste dissipées. Quelques minutes plus tôt, à 18 heures 48, ce jeudi en terre caribéenne, Adrien Hardy et Thomas Ruyant franchissaient la ligne d’arrivée mouillée devant l’entrée du port de Gustavia en triomphateurs. Après 18 jours, 11 heures et 48 minutes, à la vitesse moyenne de 8, 77 nœuds, ils ont inscrit leurs noms en haut des tablettes de la  vénérable transat printanière.

Sébastien Simon et Morgan LagravièreSébastien Simon (à gauche) et Morgan Lagravière, brillants deuxièmes, auront tout le temps pour refaire leur course à l’envi.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Cerise sur le gâteau : alors qu’ils déclaraient avoir barré tout au long du périple sans avoir utilisé le pilote automatique, sinon à de fugaces exceptions, les deux héros du moment ont appris qu’ils avaient battu de près de 35 heures le record de l’épreuve, détenu depuis 2006 par Kito de Pavant et Pietro. A 33 ans, Adrien Hardy, le skipper en titre du Figaro Bénéteau Agir Recouvrement, habitué du championnat de France Élite de Course au large depuis maintenant onze années, inscrit pour la première fois son nom au plus haut des tablettes. Vainqueur de nombreuses étapes de la Solitaire du Figaro, deuxième de l’édition 2017, il semblait enfin accompagné de la bonne fée : le Nantais avait choisi son ami, le Dunkerquois Thomas Ruyant, dès cet hiver. Les deux compères avaient déjà navigué ensemble et s’étaient classés 4es de la Transat Jacques Vabre 2015. Thomas Ruyant, de quatre ans l’aîné, vainqueur de la Mini-Transat en 2009 et de la Route du Rhum en Class40 en 2010, a ainsi balayé de sa mémoire sa tentative malheureuse sur le dernier Vendée Globe, où il avait sauvé in extremis son 60 pieds au large de l’Afrique du Sud. Heureux, alors que la sono du port des Antilles hurlait à plein badin, les deux hommes ont pu répondre aux questions de curieux impatients de connaître leurs émotions. «Des moments sont particuliers. Cette transat a été dure, même si les Figaro Bénéteau ne sont pas trop exigeants. Il ne fallait rien lâcher jusqu’au bout. On s’est fait vraiment mal à la barre. Le pilote servait uniquement quand on allait pisser ou regarder si des algues n’étaient pas accrochées à nos appendices. Nous avons pris du plaisir mais souvent dans la souffrance. Hyper-exigeant envers l’autre, pour avoir toujours le même régime» raconte Adrien Hardy, qui avait terminé deuxième lors de la précédente édition aux côtés de Vincent Biarnes. Forçat masochiste tout comme lui, Thomas Ruyant a confirmé avec le sourire : «Ce qui fonctionne dans notre duo, c’est qu’on se dit les choses. C’est le secret pour trouver la performance. Nous avons eu trois jours au charbon au large du Portugal où c’était chaud dans la brise. Avec des quarts d’une heure car il était impossible de tenir plus. Pour ma part sur toute la course, rester concentré douze heures par jour, en ne lâchant rien à chaque vague, c’était ça le plus dur.»

Thomas Ruyant et Adrien HardyAdrien Hardy (à droite) et Thomas Ruyant peuvent exulter. Ils viennent de remporter la 14e édition de la Transat AG2R La Mondiale. Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
En franchissant la marque une heure après les premiers, Sébastien Simon et Morgan Lagravière ont profité pleinement de leur performance. Ils auront bien le temps de songer à la rigueur de leur conduite. Eux aussi ont trouvé du bonheur mais également de la souffrance comme l’a expliqué le Sablais Sébastien Simon : «Nous n’avons rien à regretter. On a donné tout ce que l’on avait. Ces trois semaines ont été harassantes, stressantes avec des conditions difficiles. Fonctionner à deux dans 5 m2 n’est pas toujours homogène. Il va nous falloir quelques semaines pour récupérer.» Morgan Lagravière confirme : «Il y a eu des moments de lassitude, où l’on pense seulement à l’arrivée. Je ne parlerais pas de souffrance, cela reste du bateau à voile. On ne s’arrêtait jamais, surtout quand sont apparues les sargasses. Il fallait surveiller les algues en permanence.»

Quatre heures après les vainqueurs, c’était au tour des troisièmes du podium de montrer leurs mines. Gildas Mahé (Breizh Cola) était heureux de fêter l’anniversaire de son acolyte, Nicolas Troussel venant d’atteindre ses 44 ans : «Cette place est savoureuse mais à quelque chose près, elle aurait pu être amère car nous avons fait une petite erreur stratégique hier. L’implication dans la performance est au fil du temps fatigante. Il faut trouver où mettre le curseur tout en se recadrant nous-même. En prenant tous les pions sur la table pour discuter et remettre nos cerveaux dans les bonnes cases. A un moment, la discussion doit être ferme. Et l’énervement est parfois inévitable. Mais c’est sain à mon avis.»

La chenille processionnaire de skippers moins performants a continué sa progression vers Saint-Barthélemy. Tous au bout de leurs efforts, mais certainement heureux de ces heures passées en mer à vivre de leur passion.

PodiumNicolas Troussel et Gildas Mahé sont venus compléter le podium dans la nuit chaude de Gustavia.Photo @ Alexis Courcoux/Transat AG2R La Mondiale
Transat AG2R La Mondiale 2018
Classement à 15 h 53

1. Adrien Hardy/Thomas Ruyant (Agir Recouvrement), arrivée le 11 mai 2018 à 00 h 48’22’’. Temps de course : 18 j 11 h 48'22''. Vitesse moyenne : 8,77 nœuds.
2. Sébastien Simon/Morgan Lagravière (BRETAGNE – CMB PERFORMANCE), arrivée le11 mai 2018 à 01 h 57’40’. Temps de course : 18 j 12 h 57’40’’. Temps de course : 18 j 12 h 57'40''. Vitesse moyenne : 8,74 nœuds.
3. Gildas Mahé/Nicolas Troussel (Breizh Cola), arrivée le 11 mai 2018 à 04 h 36’40’’. Temps de course : 18 j 15 h 36’40’’. Vitesse moyenne : 8,69 nœuds.
4. Pierre Leboucher/Christopher Pratt (Guyot Environnement), arrivée le 11 mai 2018 à 04 h 50’55’’. Temps de course : 18 j 15 h 50’55’’. Vitesse moyenne : 8,69 nœuds.
5. Anthony Marchand/Alexis Loison (GROUPE ROYER – SECOURS POUPLAIRE), arrivée le 11 mai 2018 à 06 h 52’00’’. Temps de course : 18 j 17 h 52’00’’. Vitesse moyenne : 8.65 nœuds.
6. Corentin Douguet/Christian Pontieu (NF HABITAT), arrivée le 11 mai 2018 à 07 h 43’22’’. Temps de course : 18 j 18 h 43’22’’. Vitesse moyenne : 8,63 nœuds.
7. Erwan Tabarly/Thierry Chabagny (Armor Lux – Gedimat), arrivée le 11 mai 2018 à 9 h 30’15’’. Temps de course : 18 j 20 h 30’15’’. Vitesse moyenne : 8,60 nœuds.
8. Eric Péron/Miguel Danet (LE MACARON FRENCH PASTRIES), arrivée le 11 mai 2018 à 13 h 12’25’’. Temps de course : 19 j 00 h 12’25’’. Vitesse moyenne : 8,53 nœuds.
9. Ronan Treussart/Simon Troel (Les perles de St Barth), à 21,5 milles de l’arrivée
10. Justine Mettraux/Isabelle Joschke (Teamwork.net), à 32,4 milles de l’arrivée
11. Thomas Dolan/Tanguy Bouroullec (SMURFIT KAPPA – CERFRANCE), à 48,6 milles de l’arrivée
12. Loïs Berrehar/Erwan Le Draoulec (CONCARNEAU ENTREPRENDRE), à 54,8 milles de l’arrivée
13. Pierre Rhimbault/Romain Attanasio (BRETAGNE – CMB ESPOIR), à 57,6 milles de l’arrivée
14. Tanguy Le Turquais/Clarisse Cremer (Everial), à 109,5 milles de l’arrivée
15. Mathieu Claveau/Pierre Loulier (Les Frigos Solidaires), à 420,2 milles de l’arrivée
16. Guillaume Farsy/Renaud Nicot (CORNOUAILLE-SOLIDARITE ST BARTH), à 905,3 milles de l’arrivée

Abandons : Martin Le Pape/Yoann Richomme (MACIF) ; Damien Cloarec/Damien Guillou (SAFERAIL) ; Benjamin Dutreux/Frédéric Denis (Sateco-Team Vendée Formation).